President Alar Karise intervjuu Prantsuse ajalehele Les Echos

28.12.2022 | 01:28

Uudis

Intervjuu Prantsse ajalehele Les Echos

Le président de l'Estonie, présent à Paris pour le Forum sur la paix où il a participé à une initiative lancée pour la protection de l'enfance sur Internet, a fait le point sur la guerre en Ukraine et partagé la vision de l'Etat balte sur le conflit.

Par Virginie Robert

Les Russes se retirent de Kherson. Le temps d'une négociation approche ?

Ce n'est pas à nous de le dire. Pour les Ukrainiens, leurs frontières terrestres sont importantes et ils ont eu tellement de victimes… Je ne pense pas que ce soit encore le bon moment. Cette guerre est une menace pour l'Ukraine mais aussi pour le reste du monde, c'est pourquoi il est important qu'elle se termine. On n'a pas besoin d'un nouveau conflit gelé en Europe. Ni que la Russie ait d'autres visées territoriales sur d'autres pays.

Comment terminer la guerre ?

Cela va prendre du temps. La seule chose que nous pouvons faire, c'est apporter notre soutien financier, militaire et politique à l'Ukraine. La plupart des pays, dont la France, ont aidé Kiev. L'Estonie a donné 20 millions d'euros à l'Ukraine, la plupart de sources privées, ce n'est pas rien pour un petit pays. Les gens aident beaucoup. Les réfugiés ukrainiens représentent 4 % de notre population. On leur offre le logement, l'école.

Poutine fait part d'une détestation de l'Occident. C'est un message familier pour vous ?

Nous avons une partie d'histoire commune. Nous savons que lorsque la Russie tient ce genre de rhétorique, il est facile de concevoir quelle sera la prochaine étape. Mais personne ne s'attendait à ce genre de guerre. On pouvait imaginer qu'il veuille reprendre des territoires… mais bombarder Kiev ! Je m'y suis rendu après deux mois de guerre, j'ai vu les choses terribles que les Russes ont faites. Ca vous laisse sans voix et cela ne fait qu'empirer. Il y a eu la Moldavie, la Géorgie, maintenant l'Ukraine… Nous n'avons pas bien géré la crise de Crimée en 2014. Et même si on arrêtait la guerre maintenant, cela pourrait reprendre dans une dizaine d'années. Il faut faire très attention. L'ambition est là…

Cette guerre coûte cher à l'Estonie avec la hausse des coûts de l'énergie, les réfugiés, les achats d'armement et une inflation à 24 %…

Comparé à l'Ukraine, ce n'est rien. On essaie d'aider les petites entreprises et les ménages pour l'énergie. Nos importations de gaz russe sont tombées à 5 %. Nous partageons un terminal GNL avec la Finlande, il y a un grand centre de stockage en Lettonie et un terminal en Lituanie. Nous n'aurons pas de problème cet hiver. En ce qui concerne l'inflation, il faudrait que l'Union européenne mette au point un système pour aider les Etats qui en ont besoin. Vous savez que l'Allemagne met beaucoup d'argent sur la table pour aider ses entreprises. Il faudra aussi mieux cibler à qui on donne de l'argent.

La Finlande et la Suède sont candidates pour entrer dans l'Otan. Que pensez-vous de l'idée de construire une défense européenne ?

Elle ne devrait pas se substituer à l'Otan. Il faut que ce soit un système de soutien à l'Otan. Il y a beaucoup de choses que l'on peut faire. L'entrée de la Finlande et de la Suède va faire une différence. Tous les pays en Europe devraient davantage investir dans leur défense. L'an prochain, nous allons y consacrer 3 % de notre PIB. Il y a encore des pays qui sont en dessous de 2 %. Tous les achats groupés d'équipements de défenses sont aussi utiles. La France nous aide beaucoup maintenant avec un bataillon de soldats sur la base de l'Otan à Tapa. Nous avons aussi été au Mali ensemble.

Les Allemands poussent pour une European shield initiative, mais tous les pays ne sont pas d'accord.

Je pense que c'est important de partager le coût de systèmes de défense de moyenne portée. Pour la défense de l'Estonie, cela compte. Mais c'est à chaque pays de décider.

Les Européens ont eu une réponse plutôt solidaire jusqu'à présent, même si la crise de l'énergie a posé des difficultés. Est-ce que vous craigniez plus de divergences ?

Il y a des risques de fatigue… il y a des hauts et des bas. Mais on s'aide les uns les autres. Si vous regardez deux ans en arrière, tellement de choses sont arrivées. Il y a eu de grands changements en Allemagne. J'étais en Finlande et en Suède l'an dernier en octobre, et aucun homme politique ne parlait d'une entrée dans l'Otan. Et tout a changé en quelques mois. Cela a été la même chose avec le coronavirus.

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